Newsletter N°9 – 05.2026

La Feuille de liaison du Jardin potager est désormais numérique. Une fois par mois vous trouvez les informations utiles sur les activités de la coopérative ainsi que des suggestions de lecture, de visite, de sortie autour des questions de production agricole, d’alimentation, voire plus largement des sujets consacrés à l’environnement.

De plus, à la manière des feuilletons du 19e siècle, nous vous racontons l’histoire de l’agriculture biologique, cent ans après son apparition.

Rédaction: Marco Danesi
Recette: Léonore Robert Meer
Basta!: Marco Dogliotti

Assemblée générale du Jardin Potager
Mercredi 17 juin 2026 à Pôle Sud, Lausanne.
Conférence de David Bichsel, fondateur de L’Association Suisse des Microfermes: «Les microfermes: productives et humaines», repas offert et partie officielle (horaires à préciser).

Prochaines vacances
Il n’y aura pas de livraisons aux dates suivantes:

  • jeudi 14 mai 2026
  • jeudis 24 et 31 décembre 2026

Episode 9: Nature et Progrès

André Louis, Mattéo Tavera et André Birre fondent l’association Nature et Progrès, association européenne d’agriculture et d’hygiène biologique en 1964. La nouvelle entité est le résultat d’une scission au sein d’un autre regroupement: l’Association française d’agriculture biologique (AFAB) active depuis 1961 qui auparavant s’appelait Groupement d’agriculture biologique de l’Ouest (GABO) né trois ans plus tôt.

Les dissidents reprochent à Raoul Lemaire et Jean Boucher – à l’origine de la méthode Lemaire-Boucher (voir Newsletter 7) et membres fondateurs de l’AFAB – de privilégier la commercialisation de leur procédé aux buts de l’association. Nature et Progrès se dissocie du duo et va promouvoir un «modèle agricole alternatif à l’agro-industrie, à même de préserver la fertilité naturelle des sols, d’assurer l’autonomie des paysans et une alimentation saine à portée de tous».

Nature et Progrès accueille tous les adhérents quelles que soient leurs appartenances sociales, religieuses ou politiques. Elle s’ouvre à toutes les méthodes et solutions expérimentales permettant de pratiquer l’agriculture et l’hygiène biologiques, proclament ses partisans. En 1968, un premier congrès rassemble quelques 400 participants. Quatre ans plus tard, elle lance le premier cahier des charges. Celui-ci a été créé conjointement par des paysans et des consommateurs, ce qui va aboutir à la mise en place d’un système de garantie participatif d’attribution de la mention Nature et Progrès à partir de 1973.

L’association contribue par ailleurs à la création de la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique dont le but est l’adoption au niveau mondial de systèmes économiquement, écologiquement et socialement solides fondés sur les principes de l’agriculture biologique. Conçu et organisé par Nature et Progrès, Marjolaine, le premier salon grand public sur l’agriculture, l’alimentation biologique et l’écologie voit le jour en 1976 et comptabilise 30’000 visiteurs. La même année, l’association essaime en Belgique, après la France.

De nos jours, elle constitue un organe et un label –  plus restrictif que celui de AB et qui prend en compte les emballages et le transport – en faveur de l’agriculture biologique dans les deux pays.

Parmi les fondateurs, il vaut la peine de mentionner André Louis, né en 1901 et issu d’une famille de viticulteurs en Gironde. Devenu ingénieur agronome, il dirige dans un premier temps, entre 1925 et 1949, différents services agricoles régionaux français.

André Louis étudiant un champ de blé en biodynamie en Allemagne (1965), collection Nuage Vert

Au cours de ces années, il développe cependant des positions critiques à l’égard de la modernisation agricole entreprise en France après la Deuxième Guerre mondiale, caractérisée par la montée en puissance de l’agrochimie et de la mécanisation, avec un important exode rural et la disparition des cultures locales. Pour André Louis le renouveau agricole français relève d’un savant mélange de tradition et de progrès technique. L’exploitation familiale orientée en polyculture doit demeurer la base du système agricole.

En désaccord avec les politiques du Ministère de l’agriculture, il démissionne de ses fonctions en 1949 et devient professeur d’agronomie dans un lycée agricole.

Durant ces années il travaille également à un Traité d’arboriculture fruitière, publié une première fois en 1936. Dans cet ouvrage, il milite pour le maintien de la tradition paysanne dans la modernité et il élabore sa pensée agro-écologiste visant à transformer la relation entre la production de nourriture, la nature et la société toute entière.

Il meurt dans un accident de voiture le 3 mai 1970 à l’âge de 69 ans.

Pour aller plus loin:

Foire agricole suisse bio, Moudon, 9-10 mai 2026

BioAgri, le grand marché bio des producteur·trice·s avec plantons, produits transformés, plantes médicinales, animaux, artisan·nes, technicien·ne·s, chercheur·euses,… et tout ce qui touche à l’agriculture bio.

Restauration et bars. Ateliers et démonstrations, musicien·nes et jongleur·euses ambulant·es, concerts, spectacles, contes, espace BioKids, chasse aux trésors et plein d’autres surprises. Grand brunch de la fête des Mères.

Vente de plantons ProSpecieRara

A Lausanne sur la Place de la Riponne, 3 et 6 mai 2026 de 8h00 à 14h30.

Informations sur les différents marchés de plantons en Suisse

Journée de la biodiversité

Le 23 mai 2026, le Musée suisse en plein air Ballenberg se transformera en laboratoire naturel vivant. Lors de la Journée de la biodiversité, il sera possible de découvrir, en compagnie de spécialistes, le monde fascinant des animaux, des plantes et des champignons juste devant notre porte.

Le concombre se mange la plupart du temps cru mais il est aussi délicieux cuit.

Nous vous proposons en ce mois de mai une recette de concombre sauté à la ciboulette, c’est ici et en tout temps sur le site du Jardin potager, rubrique recettes.

Kapka Kassabova, Élixir: Dans la vallée à la fin des temps, J’ai lu, 664 pages. Traduit de l’anglais par Morgane Saysana

Partir en quête du chimérique élixir cher aux alchimistes, donnant le titre à son livre, c’est pour Kapka Kassabova «chercher des connexions par-delà l’humain et le végétal, le physique et le métaphysique». Les massifs des Rhodopes et du Pirin, en Bulgarie, sont l’endroit idéal pour ce faire. C’est là, dit-on, que se trouve la porte des enfers où Orphée s’enfonça pour retrouver Eurydice. Ce fut plus tard une terre de derviches et de communautés monastiques, riche encore en lieux mystiques réputés pour leur pouvoir de guérison et où pullulent chercheurs de trésors, voyants et guérisseurs.

La région, où coulent les dernières rivières sauvages d’Europe et subsistent ses plus anciennes forêts de pins, abrite une exceptionnelle biodiversité. Les quelques sept cent quarante-deux herbes médicinales qui s’épanouissent dans ses montagnes font le bonheur des herboristes. L’autrice, elle-même férue d’herboristerie, a rencontré la poignée de grossistes encore en activité capables de toutes les reconnaître. Elle est partie en forêt les chercher avec des guérisseuses qui lui ont expliqué comment et pourquoi certaines plantes se cueillent en se déplaçant d’ouest en est si on veut faire le bien, et d’est en ouest si on veut faire le mal.

Curiosité, empathie, un délicieux humour pince-sans-rire, autant d’ingrédients qui permettent à l’autrice de brosser des portraits inoubliables, comme celui d’Emin, l’homme-cheval qui vit toute l’année en plein air avec son troupeau de chevaux semi-sauvages.