Lettre saisonnière (été 2026)

Chères coopératrices, chers coopérateurs,

Sans surprise, après un signal fort au mois de mai, l’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré depuis 1864. Juin, juillet et août ont été tous records. En 20 ans, l’été s’est réchauffé de 2 degrés en Suisse (4 degrés en 120 ans…) et on peut considérer qu’il dure à présent 1 mois de plus par rapport à l’époque préindustrielle.

Quelques éléments marquants du bulletin climatologique de l’été publié par Meteosuisse:
«39,7 le 30 juillet 2026 à Bâle/Binningen: maximum jamais enregistré au Nord des Alpes; le 27 juin: 35,1 °C à 1304 mètres d’altitude à Scuol en Basse-Engadine et plus de 20 °C en température minimale au Chasseral (1594 m!); nombre record de journées de forte chaleur et de nuits tropicales: à basse altitude, de nombreux endroits ont enregistré environ 2 semaines de journées de forte chaleur supplémentaires par rapport à l’été 2003; déficit pluviométrique extrême avec des conséquences importantes pour les cours d’eau, les forêts et l’agriculture. Dans un monde où la température serait supérieure de 3 °C à celle de la période préindustrielle (elle est actuellement supérieure de 1,4 °C), un été comme celui de 2026 serait dans la norme, et environ un été sur deux serait même encore plus chaud; en règle générale, l’effet «îlot de chaleur urbain» a maintenu les températures nocturnes plus de 4 °C au-dessus de celles mesurées en campagne à altitude équivalente.» Il y aurait encore beaucoup à dire tant ce bulletin climatologique est édifiant.

À Ballens, les contraintes pour mener à bien la saison maraichère ont été, et sont encore, très importantes, le déficit pluviométrique et la chaleur étant inédits sur une période aussi longue (50 à 60% de la norme et de très nombreuses journées tropicales). Le plateau a été encore plus durement touché avec par endroit seulement 30% de la norme! On peut dire que ce sont deux orages providentiels fin juillet-début août (40 litres au m2 sans de trop fort ruissellements) qui ont sauvé une partie non négligeable de nos cultures, la situation devenait très préoccupante. Un front froid mi-août a ensuite donné du répit aussi au niveau des températures, mais depuis aucune précipitation significative n’a pu se produire avec la persistance coriace de conditions anticycloniques. Le temps chaud et sec se poursuit inexorablement en septembre et les cours d’eau affichent des débits encore plus bas qu’à la mi-août…

Les travaux d’arrosage ont rythmé quotidiennement l’été. Durant les 3 semaines les plus chaudes et sèches, nous avons même dû arroser jours et nuits. Ce régime a d’ailleurs repris cette semaine afin d’assurer la croissance et la maturité nécessaire à nos cultures d’automne.
Depuis début août, la commune de Ballens interdit l’arrosage des cultures. Heureusement, nous avons anticipé le réchauffement et investi pour avoir une capacité d’arrosage privé autonome qui couvre les 2/3 de la surface à Ballens. Quelques pluies enfin significatives à la mi-août, ont quant à elles permis aux différents semis de radis (noir, blanc, rouge) de lever et de se développer sur des champs sans arrosage. A noter que dans la prédominance anticyclonique, quelques adjonctions d’humidité dans l’atmosphère nous ont touchés. Combinées avec la survenance de nuits plus fraîches, la rosée a pu se former sur les feuillages des plantes qui ruisselle ensuite à leur pied (particulièrement pour l’épinard et la rave d’automne). Sur les terrains non arrosables, nous comptons depuis exclusivement sur ce phénomène en attendant des pluies que nous espérons suffisantes en fin de semaine prochaine. Vous devriez ainsi avoir prochainement des radis rouges dans vos paniers!

Les travaux d’arrosage ont été très chronophages et ont nécessité un arbitrage sévère. De plus, ces travaux ont affecté nos capacités en désherbage, si bien que certaines cultures ont particulièrement pâti de cette situation. La première série de carottes semée au printemps a pu encore donner un certain rendement grâce à un départ dans un terrain humide, mais par la suite nous n’avons pas eu le temps d’apporter tout le soin nécessaire aux autres séries de carottes et les mauvaises herbes ont pris le dessus. Les oignons sont une autre culture qui a particulièrement souffert, ils sont quasiment tous petits. Quant au panais, nous n’en récolterons probablement pas, ils sont sous l’herbe.
Les sarclages mécaniques ont été aussi très importants pour limiter la mauvaise herbe et ameublir régulièrement les sols réduisant ainsi la perte d’eau par capillarité. Un sarclage vaut deux arrosages dit le célèbre adage.

Bilan sur l’ensemble du domaine: nos efforts ont porté leurs fruits. Mis à part les carottes, les oignons et le panais, et bien que les rendements seront globalement plutôt inférieurs cette année, de nombreuses cultures se portent actuellement bien (choux de Bruxelles, chou chinois, chou plume, salades d’hiver, poireaux, rampon, roquette, céleri pomme, betteraves, etc.). Nous prévoyons même un rendement honorable de pommes de terre, Agria notamment. Le rendement de notre vigne à Aubonne est la très bonne surprise de cette année. Nous presserons le surplus qui n’aura pas trouvé preneur à table. Quant au raifort, il a repris vigoureusement, les racines ayant été stimulées par l’arrachage de l’an dernier. Et les patates douces seront de belle taille. Les courges par contre sont moins nombreuses mais en bonne forme.
Nos efforts sur le long terme sont aussi récompensés: en agriculture biologique, la vie des sols est stimulée grâce notamment à un apport en matière organique et à un travail doux de la terre. Un sol vivant et meuble, non compacté, capte mieux l’eau, réduit le ruissellement, retient mieux l’humidité et est donc beaucoup plus résilient face à la sécheresse.
Soulignons encore que la culture de salades, comme tous les légumes-feuille d’ailleurs, demande beaucoup d’eau et est un vrai challenge par ce temps. Nous la réussissons tant bien que mal, mais beaucoup restent petites. D’autre part, un passage de grêle heureusement localisé aura eu raison du feuillage d’une grande partie de nos côtes de bette.

Concernant les travaux aux champs lors des demi-journées, votre apport au désherbage a été essentiel, pour les céleris-pomme par exemple, et nous allons à présent nous concentrer sur les récoltes.
Nous nous réjouissons donc de vous retrouver au Domaine pour les dernières demi-journées aux champs ou à la mise en panier. Nous vous donnons également rendez-vous sur nos marchés du jeudi à Ballens ou alors en ville de Morges, Lausanne, Nyon les mercredis et samedis, ou Vevey les mardis et samedis.

Enfin, vous aurez pu remarquer que le traditionnel brouillard de septembre au matin est absent, faute d’humidité suffisante dans l’air. Profitons donc du soleil malgré tout! Ce que fera aussi la nombreuse population de grenouilles de nos étangs, en veillant bien à ne pas trop se déshydrater…

Nous vous souhaitons un excellent automne et vous présentons nos plus cordiales salutations!

Gilles Roch et Fabrice Amalric
Ballens, le 25 septembre 2026