Chères coopératrices, chers coopérateurs,
Malgré de grands écarts typiques de la saison, les températures de cet automne ont été dans la norme de référence 1991-2020, mais quand même 1,8°C plus chaudes que la norme de référence préindustrielle. A noter que le 19 septembre, Davos (1560m) et le Säntis (2500m) ont pulvérisé leur record de chaleur avec respectivement 26,3 et 19,8°C. Octobre n’a pas fait de vague mais novembre a opéré une plongée radicale dans l’hiver. Ainsi selon MeteoSuisse, la première quinzaine a été très douce avec un dépassement de la moyenne de plus de 4,5 °C dans les régions de moyenne et haute altitude ! Ensuite, une série de fronts froids a brutalement mis fin à cette anomalie chaude. La neige est apparue en abondance en moyenne montagne avec du gel jusqu’en plaine.
L’automne a été globalement bien arrosé et en particulier au Pied sud du Jura avec un relevé de 150% de la norme. A Ballens, nous avons pu jongler avec ces périodes de précipitations intenses, et la période douce de la première quinzaine de novembre a été très bienvenue car ensuite la situation s’est dégradée au moment où nous avions encore la moitié des récoltes à faire : beaucoup de pluie, de la neige et du gel modéré sur plusieurs jours (avec une pointe à moins 8 °C un matin). D’ailleurs un gel si marqué pour la saison et si précoce n’avait pas été observé dans notre région depuis bien longtemps. Cela a mis fin à une année météorologique exceptionnellement favorable pour nos cultures.
Il y a eu des conséquences pour notre production bien que nous ayons réussi à les minimiser en priorisant les récoltes des cultures les plus vulnérable au gel. Le persil frisé a tenu mais pas le persil plat. Du solde des côtes de bette, seules les Lucullus ont résisté au froid, nous étions heureusement arrivés quasiment au bout de la récolte de cette culture.
Les racines d’endives ont été ramassées en urgence (en vrac) afin d’accélérer leur stockage avant le gel. Cela a permis de dégager du temps pour les autres interventions car habituellement, nous préparons les racines d’endives pour le forçage dans des caisses directement au champ. De plus, les fenêtres météo favorables pour les travaux étant courtes, ce terrain a été labouré et emblavé (semé avec du blé) tout de suite après récolte.
Nous n’avons malheureusement pas pu sauver les choux chinois rouges et un champ de céleris. Une partie des choux chinois blancs a aussi été perdue. Un autre champ de céleri est en convalescence, et les radis longs blancs se sont guéris du gel. Heureusement, les rendements sont globalement très bons cette année et compensent partiellement ces pertes : notre frigo de stockage est plein ! Et ceci malgré la baisse des surfaces mises en maraîchage afin de s’adapter au marché actuel. D’autre part, le gel a eu raison de toutes les mauvaises herbes, ce qui facilite certaines récoltes. Cela n’aura pourtant pas suffi à favoriser la fin de croissance de la moitié de nos carottes de garde qui passeront donc l’hiver dehors. Si par bonheur aucun fort gel n’était enregistré, on pourrait alors les récolter en bottes au printemps prochain. Nous avons d’ailleurs placé de l’Agryl P17 (un voile de protection) sur une partie de cette culture afin de maximiser ses chances de croissance. A noter que les cultures de carottes spéciales (Parisiennes, de Chantenay, blanches, jaunes, violettes à cœur orange, roses, noires et Gniff (une variété ancienne de la région de Lugano) ont toutes été réussies et qu’avec les courges elles apportent de la couleur à nos étals!
Enfin, malgré cette fin d’automne et début d’hiver chaotique, la culture de choux de Bruxelles est magnifique. Nous n’avons même pas eu besoin d’étêter (couper les têtes) les plants car les choux sont déjà suffisamment gros. Et les « mini-forêts » de choux-plume sont splendides et donneront tout l’hiver, tout comme les poireaux également. Il reste à récolter une bonne partie des différentes sortes d’autres choux, ainsi que les pains de sucre qui ne sont pas suffisamment pommées (la faible densification du cœur fera baisser de moitié leur rendement).
Le fort redoux en cours est donc de bon augure pour les dernières récoltes qui devraient s’achever complètement en début d’année. Toutes les céréales (blé, orge, épeautre, seigle) sont semées et ont levé et sont prêtes pour repartir au printemps, ainsi que la ciboulette. Un champ d’ail à hiverner a aussi levé et nous avons placé en son centre deux carreaux de rampons (8 lignes) qui seront récoltés fin février et permettront à l’épandeuse à compost de passer ensuite sur ce terrain.
Nous nous réjouissons de vous retrouver au Domaine des Biolettes pour les prochaines mises en panier ou alors sur nos marchés en ville de Morges, Lausanne, Nyon ou Vevey, et vous remercions pour votre précieuse contribution dans les travaux de saison aux champs.
Nous vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année et de la joie en entrant dans l’hiver.
Gilles Roch et Fabrice Amalric
Ballens, le 4 décembre 2025