Chères coopératrices, chers coopérateurs,
L’hiver 2025/2026 a été ponctué de phénomènes météorologiques marqués. Après la franche incursion hivernale intervenue précocement à la fin de l’automne, les températures de décembre sont restées dans les normales en plaine à cause d’un stratus quasi indétrônable, tandis qu’en montagne une grande douceur régnait avec un écart jusqu’à 10°C par rapport à la normale sur les crêtes du Jura! Début janvier, changement radical d’ambiance, un vigoureux flux polaire a fait dégringoler les températures sur le Jura cette fois jusqu’à 13°C en dessous de la normale! Malgré le regonflement de l’anticyclone et l’arrêt du flux polaire dans la deuxième quinzaine du mois, janvier aura été de 0,4 °C inférieur à la période de référence 1991-2020. Février confirmera une douceur en plaine mais avec des quantités records de précipitations, jusqu’à 250% de la norme sur le bassin lémanique! Décembre et janvier ayant été peu humide dans le Jura vaudois, la pluviométrie hivernale a finalement été dans la norme. Enfin, une nouvelle tendance s’observe en dessous de 900m d’altitude au pied du Jura: une couverture neigeuse de plus en plus mince et éphémère, pas plus d’une semaine cette année à Ballens qui est à 700m, alors qu’au début des années 2000, l’hiver pouvait encore y être long…
Au domaine, la météo de l’hiver est moins impactante car les quelques cultures encore en place résistent bien au gel comme le poireau, le rampon ou le chou de Bruxelles. Ceci dit, nos efforts pour sauver une culture de carottes encore trop petites pour la récolte à l’automne n’auront pas suffi face au froid brutal de début janvier. Les (kale) choux-plumes, réputés pour leur résistance au gel, n’ont pas du tout apprécié cette inversion extrême et subite des températures (digne de l’Amérique du Nord). D’autre part, deux conditions sont nécessaires pour bien préparer l’entrée dans le printemps: un gel suffisamment intense sur plusieurs jours pour durcir le sol en profondeur et permettre ainsi l’épandage de compost dans les champs; et des intervalles de temps sec assez longs pour avancer dans les traditionnelles préparations de terrain notamment avec les labours. Le froid remarquable de début janvier et deux longues périodes de temps anticyclonique ont donc été les bienvenus. Par contre, le déluge de février a inondé durablement certains champs, avec heureusement peu de perte. Seul un champ d’épeautre garde encore les stigmates de la submersion sur les bords du Veyron. Mais cette culture assez rustique s’en remettra.
Les champs présentent actuellement des alternances bicolores typiques de la saison entre le vert des jeunes pousses de céréales, d’ail, celui des choux de Bruxelles, des choux-plumes, des poireaux, et la couleur sombre des terrains labourés. A noter que nous avons dû broyer toutes les jachères florales à Ballens car elles subissaient une invasion de ronces. Par ailleurs, pour le soin des sols, nous effectuons des labours peu profond (15 cm) qui évitent l’inversion des couches aérobie et anaérobie (garantissant une santé microbiologique des terrains) et épargnent les vers de terre.
En ce moment, en plus des dernières grosses préparations des champs, nous concluons la récolte des poireaux qui sont de belle qualité. Une nouvelle série de poireaux plus petits prendra le relais d’ici la mi-avril. Nous pouvons aussi récolter le solde des panais qui ont bien tenu en terre et qui nous ont manqué dans notre assortiment en janvier et février. Comme expliqué dans la dernière lettre saisonnière, la vigueur exceptionnelle des choux de Bruxelles a évité que nous les étêtions, ce qui leur a conférés une protection supplémentaire face au gel. Nous poursuivons donc cette récolte qui aura été prolifique, tout comme celle des topinambours qu’il faut absolument sortir de terre avant qu’ils ne repoussent. La dent de lion en place depuis 2 et 3 ans finit son rendement et nous mettrons en place deux nouvelles séries en juillet, l’une à Ballens, l’autre à Aubonne (à plus basse altitude) pour garantir un bon échelonnage de cette production. Enfin un nouveau cycle de compostage (8 à 12 mois) va débuter lorsque nous aurons mélangé nos déchets de légumes, avec des fumiers et du compost.
Concernant les prémisses des réjouissances gustatives printanières, la période sèche de mars nous a permis de planter la première partie des pommes de terre nouvelles qui devraient arriver vers fin mai-début juin. Nous allons semer radis et épinards, ainsi que des carottes dont on fera les bottes primeurs à mi-juillet. Les aulx et les oignons hivernés à Aubonne seront aussi mis en botte dès que possible a partir de mai.
Pour conclure, janvier 2026 a marqué le cap des 20 ans de la collaboration du domaine avec la Coopérative Le Jardin Potager et nous tenions à vous remercier chaleureusement pour votre fidélité à la coopérative et au domaine des Biolettes. Nous avons une pensée particulière pour toutes celles et ceux qui nous suivent depuis le début. Merci également aux différents comités qui ont œuvré tout au long de ces 80 saisons. Merci pour votre travail à la mise en panier et votre aide précieuse aux champs. Nous nous réjouissons particulièrement de continuer à vous accueillir au domaine.
Nous vous donnons également rendez-vous sur nos marchés du jeudi à Ballens ou alors à Morges, Lausanne, Nyon les mercredis et samedis, ou Vevey les mardis et samedis.
Nous vous souhaitons une excellente entrée dans la douceur printanière malgré les dernières incursions hivernales et les frimas matinaux. Avec nos plus cordiales salutations.
Gilles Roch et Fabrice Amalric
Ballens, le 19 mars 2026