Lettre saisonnière (été 2025)

Chères coopératrices, chers coopérateurs,

Au niveau Suisse, l’été 2025 se classe au 7e rang des plus chauds depuis le début des mesures en 1864 et a été très contrasté. On a débuté avec le deuxième mois de juin le plus chaud jamais enregistré (et même le plus « chaud » à la Jungfraujoch à 3463m) avec de nombreuses journées tropicales (température maximale supérieure à 25°C) jusqu’à moyenne altitude. Ensuite, juillet qui nous a paru bien frais a été pourtant dans la moyenne de la nouvelle période de référence 1991-2020, nous nous habituons donc à la chaleur… Enfin, août a été remarquable du 7 au 16 avec une moyenne des températures journalières à Genève de 25,6 °C. Il s’agit de la 3e période de chaleur sur 10 jours la plus intense pour un mois d’août, derrière août 2003 et 2023.

Selon Météo Suisse, l’été chez nous est aujourd’hui 3,4°C plus chaud que pendant la période de référence préindustrielle 1871-1900 (1,6°C par rapport à la période de référence 1991-2020, ce qui souligne l’accélération du réchauffement sur 30 ans et particulièrement ces dix dernières années).

Malgré cela, on voit que le chaos des flux de masses d’air peut heureusement être encore favorable à l’agriculture. En effet, depuis le début de l’année au Pied sud du Jura, c’est quasiment un sans-faute météorologique, mis à part la période trop chaude et sèche d’août qui a nécessité une campagne d’arrosage musclée (au vu du poids du matériel…), mais qui a été abordée plus sereinement grâce à l’excédent humide de juin et juillet. Au final, même si le cumul des précipitations sur l’été s’est montré légèrement déficitaire, leur répartition a été globalement bonne et nous avons pu quasiment mettre en place à chaque fois une plantation ou un semis avant une période de pluie. Cela rappelle que la météo a un impact majeur dans notre travail et son résultat.

La bataille principale s’est donc jouée sur le front des adventices qui ont aussi profité des bonnes conditions météo… Mais grâce à une méticuleuse préparation des terrains et un désherbage mécanique rigoureux, le début de saison a permis aux cultures de gagner sur la mauvaise herbe. La situation s’est compliquée par la suite nécessitant le fauchage des mauvaises herbes qui gagnaient en hauteur sur bon nombre de parcelles. Cela a ralenti leur croissance et permis aux cultures de reprendre le dessus jusqu’à aujourd’hui. L’enherbement reste toutefois conséquent mais le plus dur est fait et beaucoup de cultures sont déjà prêtes et en bonne santé ou arrivent à maturité. De nouveaux fauchages sont toutefois encore prévus, notamment sur un grand champ de carottes et sur les panais et persils-racine qui devraient finir leur croissance jusqu’au mois de novembre. A noter que les premières gelées auront raison de certaines mauvaises herbes gélives mais pas du feuillage de ces cultures. Cela éclaircira les champs avant récolte. La parcelle d’endives sera aussi fauchée pour que les racines finissent bien leur croissance. Nous allons commencer le forçage plus tôt cette année de façon à en avoir dès début décembre.

Pour conclure sur la technique du fauchage, et fait exceptionnel, nous allons cette fois devoir faucher le feuillage des pommes de terre qui reste étonnamment vert. Nous n’avons jamais vu une pareille durabilité du feuillage si tard dans la saison. D’habitude, le mildiou ou les doryphores ont déjà fait leur œuvre un mois avant. Mais dans le cas présent, avec un feuillage intact nos pommes de terre Agria et Byzance commencent à produire une nouvelle génération de petits tubercules qui n’arriveront pas à maturité mais pourriront au stockage. Nous allons donc rapidement enrailler cela.

Sur la saison, quelques désherbages manuels ont tout de même dû être effectués par notre équipe dans les situations les plus urgentes et sur les cultures les plus délicates. Grâce à cela les plants de choux de Bruxelles sont par exemple magnifiques. D’autre part, certain(e)s d’entre vous lors d’une demi-journée du samedi ont « nettoyé » un champ de poireaux. 15 jours plus tard, les poireaux en ont bien profité, le champ est « propre » et leur vigueur est superbe. Vous trouvez des photos des demi-journées aux champs sur nos réseaux sociaux facebook (www.facebook.com/lejardinpotager) et Instagram (lejardinpotager1). Seule ombre au tableau sur le dossier désherbage, la perte d’une partie d’un champ de céleri, mais il devrait en rester assez pour une partie de l’automne et de l’hiver.

Au niveau des rendements, il y a de l’abondance. Malgré la baisse de notre surface cultivée (mais l’augmentation du nombre de variétés), nous allons avoir de biens meilleurs rendements que l’an passé. Le rendement global des pommes de terre s’annonce excellent : nous tablons sur près de 80 tonnes contre seulement 5 l’an passé ! (cultures sinistrées par trop d’humidité et le mildiou). Bien qu’arrivées à bonne taille, nous laissons encore les pommes de terre de garde faire leur peau avant de les récolter afin de garantir leur conservation pendant la basse saison.

Vous aurez compris que la quasi-totalité des cultures se portent bien. Avant la grande campagne de récoltes des légumes de garde, les récoltes en flux tendu vont bon train. Il reste de nombreux colraves. Vous trouverez prochainement dans vos paniers de beaux choux chinois. Nous avons aussi de nombreuses variétés de carottes plus délicates à cultiver (Parisiennes, de Chantenay, blanches, jaunes, violettes à cœur orange, roses, noires, Gniff : une variété ancienne de la région de Lugano). La 3e série de haricots devrait bien donner si la météo poursuit sur cette lancée. Les nouvelles séries de salades pour l’automne vont se succéder à partir de la semaine prochaine. La vigne à Aubonne est généreuse. Quant à la nouvelle petite vigne de Ballens plantée en Muscat bleu, elle a bien poussé et devrait commencer à produire un peu l’an prochain. L’objectif premier reste qu’elle se fortifie d’abord. Plus tard dans la saison arriveront les radis noirs, les raves et les navets jaunes, ainsi que la roquette et le rampon que nous sommes en train de planter. Les courges seront ramassées avant le gel. Et vous aurez aussi des épinards, des Pak Choï, des rutabagas, etc…

Pour les deux dernières demi-journées aux champs, le programme n’est pas encore fait, ce sera la surprise. Nous nous réjouissons de vous retrouver au Domaine des Biolettes aux champs ainsi qu’à la mise en panier, ou alors sur nos marchés en ville de Morges, Lausanne, Nyon ou Vevey.

Gilles Roch et Fabrice Amalric
Ballens, le 11 septembre 2025