Newsletter N°12 – 08.2026

La Feuille de liaison du Jardin potager est désormais numérique. Une fois par mois vous trouvez les informations utiles sur les activités de la coopérative ainsi que des suggestions de lecture, de visite, de sortie autour des questions de production agricole, d’alimentation, voire plus largement des sujets consacrés à l’environnement.

De plus, à la manière des feuilletons du 19e siècle, nous vous racontons l’histoire de l’agriculture biologique, cent ans après son apparition.

Rédaction: Marco Danesi
Recette: Léonore Robert Meer et Leonard Rimensberger

Pas de vacances de paniers pendant l’été!
Pensez à annuler votre panier si vous partez en vacances par email ou sur le site, rubrique coopérateurs.

Episode 12: Permaculture

Un peu d’étymologie pour commencer avec Wikipédia. Le terme «permaculture» est issu de l’expression américaine «permanent agriculture» qu’utilisa l’agronome américain Cyril George Hopkins dans son livre de 1910 Soil Fertility and Permanent Agriculture. Franklin Hiram King la reprit dans son livre de référence de 1911 Farmers of Forty centuries or Permanent Agriculture in China, Korea and Japan. En 1929, Joseph Russell Smith a résumé sa longue expérience de cultures pour l’alimentation humaine et animale avec des fruits et des noix dans le livre Tree Crops: a permanent agriculture.

Et, enfin, le terme «permaculture» a été utilisé par Bill Mollison (1928-2016) et David Holmgren (1955) dans leur livre Permaculture One paru en 1978: les deux sont considérés comme les inventeurs de la méthode agricole, devenue au fil du temps une philosophie, voire un mode de vie, sinon une idéologie.

Le duo – le professeur en biologie australien et son élève puis partenaire scientifique – alertés par les conclusions du Club de Rome (Les limites à la croissance, 1972), s’inspirent aussi d’un autre Australien, Percival Alfred Yeomans, champion dans les années 1950 d’une gestion de l’eau de pluie par gravité en s’appuyant sur la topographie naturelle du terrain. Ils puisent également dans les expériences de Masanobu Fukuoka (cf. Newsletter 11). Enfin, Ruth Stout aux États-Unis et Esther Deans en Australie, pionnières des méthodes de culture sans travail du sol, alimentent à leur tour les réflexions de Bill Mollison – lauréat en 1981 du Nobel alternatif (Right Livelihood Award) qui récompense avec un montant de 250’000 dollars les personnes ou associations qui travaillent et recherchent des solutions pratiques et exemplaires pour les défis les plus urgents du monde actuel – et David Holmgren.

Le résultat est une approche qui prône quelques principes de base fondés sur l’autonomie et l’autosuffisance. Il est question de sobriété énergétique, donc de peu ou pas de mécanisation, compensé par un recours important au travail humain et animal. Le zonage du sol favorise une production optimale et durable avec souvent des aménagements en cercles concentriques suivant les fonctions et les usages. Il s’agit de produire le maximum de légumes sur un minimum de surface via l’association d’espèces, des cultures relais, des plantes de service, des couches chaudes. Les matières organiques sont produites sur place grâces à des prairies et d’importantes surfaces arborées, les biocides sont bannis.

La ferme du Bec Hellouin, en Normandie, incarne depuis 2004 le modèle de permaculture français très médiatisé.

 

Plus en général, la permaculture appréhende un écosystème dans sa globalité et l’utilise comme modèle pour la production agricole humaine. La forêt constitue l’un de ces modèles. Le non labour découle de cette attitude afin de préserver les qualités des sols tout comme la valorisation des haies en bordure des cultures et des bocages, garants de la biodiversité et de la limitation de l’érosion du vent.

La permaculture est l’occasion de revenir à l’action de se nourrir sans «endommager» l’environnement et sans participer à l’épuisement des ressources naturelles et au changement climatique. Dans la permaculture, il n’y a pas de surplus. On produit ce dont on a besoin en partageant avec les autres et avec la nature (quelques pommes restent sur l’arbre pour les oiseaux). C’est donc une manière de produire où les aspects qui touchent à l’éthique, au social, à l’approvisionnement et à l’environnement ont leurs places à parts égales. On oppose trop souvent production agricole et protection de l’environnement. Dans la permaculture, «se nourrir» fait partie intégrante de «soigner la biodiversité». (Danielle Rouiller, agricultrice à Cernier, Parc Evologia, Neuchâtel)

Si elle reflète une volonté légitime de produire autrement, de renouer avec le vivant, de redonner du sens au métier d’agriculteur, pour certains critiques toutefois le développement à grande échelle de la permaculture se heurte à l’organisation mondialisée des systèmes alimentaires et aux différentes réalités démographiques et socio-économiques de la planète. D’autres pointent les excès idéologiques à côté d’une permaculture de terrain, scientifique, dépourvue de dogmatismes.

Pour aller plus loin:

Exposition Florama: Jusqu’au 31 octobre, au jardin botanique de Lausanne, observez les plantes autrement grâce au travail de l’illustratrice lausannoise Lisa Voisard. À travers des planches botaniques revisitées, des récits fascinants et des illustrations, (re)découvrez les fleurs de la région et du Jardin botanique. Une exposition à la fois esthétique et scientifique. Entrée libre

Marché d’automne ProSpecieRara: Samedi 13 septembre de 9h00 à 17h00 au Signal de Sauvabelin à Lausanne. Cette 14e édition met à l’honneur la biodiversité, les variétés de fruits et légumes anciens, ainsi que les races d’animaux de rente menacées. C’est notre rendez-vous annuel! Passez nous voir, le Jardin Potager a un stand de promotion.

Marché bio et artisanat de Saigneleger (JU): 19 et 20 septembre de 9h00 à 18h00. Ce marché fait partie de nos coups de coeur : C’est un grand événement en plein air qui propose des produits locaux, des stands d’artisanat et des animations. Une chouette idée de sortie en famille chez nos amis jurasiens.

Fenouil: un légume qui divise!
Beaucoup entretiennent une relation de «je t’aime, moi non plus» avec cette plante à fleurs de la famille des apiacées. Pourtant, voici la recette idéale pour réconcilier les plus sceptiques: le braisage dans le jus d’agrume adoucit considérablement son goût prononcé. Inspirée de la recette originale du journal New York Times, cette préparation marie le parfum anisé du fenouil et la fraîcheur du citron.

Fenouil braisé au citron

Pour d’autres idées, rendez-vous sur le site du Jardin Potager, rubrique recettes