Chères coopératrices, chers coopérateurs,
Le phénomène El Nino (courant océanique chaud) combiné au réchauffement climatique actuel rapide a eu raison de notre hiver. En effet, par ce réchauffement, le positionnement des anticyclones a tendance a toujours être plus au Nord faisant ainsi barrage aux décrochages polaires. Nous en avons observé seulement deux significatifs et de courte durée. Et il n’y en a pas eu depuis deux mois. L’air froid généré au pôle n’a ainsi jamais pu descendre durablement et ce blocage s’est traduit par des conditions hivernales intenses et stables en Scandinavie.
Au niveau suisse, nous avons donc connu l’hiver le plus doux jamais enregistré depuis le début des mesures en 1864, avec un écart de 2,8ºC à la moyenne 1991-2020. Février s’est particulièrement illustré avec un dépassement record de la norme de 4,8ºC! Côté précipitations, la tendance très humide de novembre s’est poursuivie avec un courant d’ouest perturbé dominant et on a enregistré à Ballens 130 à 140% de la norme.
Au champ, aucune période durable de froid n’a permis un gel des terrains et la récurrence des épisodes humides n’a pas permis à la terre de ressuyer suffisamment pour que l’imposante machine qui épand les traditionnels compost et jus de presse puisse entrer dans les champs. Toutefois, à la faveur d’une pluviométrie actuellement modeste et de températures printanières, ce travail bien que tardif va pouvoir être effectué dans les jours qui viennent. A noter que les labours ont pu être réalisé cette année avec une charrue déchaumeuse plus large doublant le rendement de travail. Elle a la particularité de respecter les couches du sol (labour à 12cm seulement) et d’enfouir les herbes et restes de culture.
La douceur de cet hiver a eu ses avantages. Toutes les cultures qui ont hiverné sont en très bonne santé. Le colza a même 3 semaines d’avance! Et on récolte déjà de la dent de lion. Le chou de Bruxelles a tenu tout l’hiver, ce qui n’arrive jamais, nous en avons même trop. Les cultures de choux plumes vert et rouge sont magnifiques. Une série d’épinards va rapidement arriver à maturité et nous faisons à nouveau des oignons botte; l’ail est beau. Le solde de radis noir qu’on n’a pas pu récolter à l’automne, est encore en état et la récolte des topinambours se fera dans les prochaines semaines.
D’autre part, la disponibilité des poireaux a été optimale tout l’hiver grâce à un arrachage facilité (sans gel du sol), nous en avons encore sur Aubonne et la série de Ballens prendra bientôt le relais. A noter que nous avons un champ de ciboulette qui a repris pour la 7ème année! Mais nous allons tout de même le renouveler car le rendement devient trop faible et le terrain a besoin d’être assaini des autres herbes devenues trop envahissantes et compliquant la coupe.
Phénomène marquant de ce début de printemps, l’absence de plantons de pommes de terre nouvelles sur le marché européen à cause des faibles récoltes de l’an passé dûes aux champs inondés à l’automne. Nous avons-nous-mêmes perdu 0,7 ha de pommes de terre à Ballens à cause de ce phénomène, ce qui est considérable.
Actuellement, nous procédons à la taille des haies que nous avons implantées il y a une quinzaine d’années à Ballens. Ce travail méticuleux permet de calmer les espèces trop buissonnantes et de mettre en valeur celles qui ont des qualités paysagères, le tout dans une préservation de la biodiversité. Nous effectuons aussi la taille des jeunes arbres fruitiers (cerisiers et pruniers principalement), tout un art pour le rendement.
Pour la saison maraichère 2024, nous avons réduit l’achat de plantons de spécialités, comme les choux plumes et les carottes de diverses couleurs, malheureusement moins prisées sur les marchés depuis la fin de la pandémie. Par contre, avec le réchauffement climatique, nous projetons la plantation d’une vigne à Ballens et envisageons même de faire de la tomate de plein champ à 700 mètres d’altitude (en collaboration avec l’Office technique maraicher).
Enfin, il y a aussi un projet de marre peu profonde (30, 40 cm) pour la préservation et l’épanouissement des batraciens encore bien présents dans la région.
Nous vous souhaitons un excellent printemps et nous nous réjouissons de vous retrouver au Domaine des Biolettes pour la mise en panier, les premières demi-journées aux champs ou alors sur nos marchés en ville de Morges, Lausanne, Nyon ou Vevey.
Gilles Roch et Fabrice Amalric